Jean-Marie Bockel, fidèle à lui-même.

Publié le par Eric Citoyen Mulhouse

Bonjour à toutes et tous,

Un petit portrait du Monde sur Jean-Marie BOCKEL, cela permet d'appréhender un petit plus le personnage dans sa dimension de... donneur de leçon  !

A lire, aussi, pour commencer à comprendre que le libéralisme est une valeur de droite de même que l'opportunisme.

Bises à vous.

Eric Bloggeur Mulhousien résistant

PS : "CASSE TA TV" C'est ta seule chance !



Jean-Marie Bockel, fidèle à lui-même

l a donc sauté le pas. Ou franchi la ligne jaune, c'est selon. Cela faisait longtemps que le socialiste Jean-Marie Bockel, sénateur et maire de Mulhouse, sentait venir la proposition de Nicolas Sarkozy. Il savait qu'il devrait trancher pour incarner, ou non, l'ouverture voulue par le président de la République.


Parcours

1950
Naissance à Strasbourg.

1973
Adhère au PS via le Ceres. Cofonde la section du PS à Thann (Haut-Rhin).

1981
Elu député du Haut-Rhin, après l'élection de François Mitterrand à la présidence.

1984
Secrétaire d'Etat au commerce, à l'artisanat et au tourisme.

1989
Maire (PS) de Mulhouse, il devient sénateurdu Haut-Rhin en 2004.

2007
Secrétaire d'Etat à la coopération dans le gouvernement Fillon 2.

Dans la famille Bockel, les débats étaient houleux. Sa femme, Marie-Odile, socialiste de toujours, redoutait sa décision. Trois de leurs cinq enfants, sympathisants du parti, lui enjoignaient de refuser. La troupe d'amis avec qui il pique-nique en montagne s'est divisée. Un "choix cornélien", selon Marie-Odile. De sacrés tiraillements, en tout cas, qui valurent à ce fervent catholique au sommeil d'ordinaire si solide de se réveiller souvent en sueur au milieu de la nuit.

Dans le bureau du président, il a dit oui. Il avait pourtant tenu bon tout le temps de la campagne et s'était même battu pour présider le comité de soutien de Ségolène Royal dans le Haut-Rhin. "Parce que je suis un homme de fidélités", explique-t-il. "Pour ménager la chèvre et le chou et assurer ses arrières", ironise Arlette Grosskost, députée UMP de Mulhouse et adversaire acharnée.

Ce 13 avril où Michel Rocard a prôné une alliance des socialistes et des centristes dès le premier tour de la présidentielle, suivi le lendemain par Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel déjeunait justement avec Ségolène Royal à Belfort, où les avait reçus leur vieux complice Jean-Pierre Chevènement. Au déjeuner, ils n'ont parlé que de "ça". Le sénateur refusait ferme de céder à l'appel des sirènes. Par "fidélité", toujours.

Jean-Marie Bockel a tenu bon, encore un peu. Il a cosigné une tribune qui, coup de chance pour lui, parut sous une forme amputée. C'était dans Libération, au lendemain du premier tour des législatives, le 11 juin. Avec les frères Cohn-Bendit, Olivier Duhamel et d'autres, il proposait la construction d'un lieu de dialogue dans l'opposition entre le PS, le centre et les Verts. Certains des 21 cosignataires décidèrent au dernier moment de supprimer un passage, auquel Jean-Marie Bockel n'avait rien trouvé à redire.

Le passage en question stigmatisait avec virulence la majorité présidentielle et les trois socialistes (Eric Besson, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet) qui avaient rejoint le premier gouvernement Fillon. Ceux-ci, disait le texte, "prêtent ainsi main-forte à un projet de société injuste et inégalitaire. Ils cautionnent une démocratie atrophiée et une concentration des pouvoirs sans précédent sous la Ve République..." "J'ai regardé le texte en diagonale, se repent aujourd'hui Jean-Marie Bockel. J'avais seulement vérifié qu'il n'était pas trop agressif à l'égard de Sarkozy, dont j'ai toujours refusé la diabolisation." Une semaine plus tard, Jean-Marie Bockel entrait dans le deuxième gouvernement Fillon, au projet "injuste et inégalitaire", comme secrétaire d'Etat à la coopération.

Dans son nouveau ministère, entre deux voyages en Afrique, l'homme marche d'un pas sportif. Il vient d'arriver en retard et ne le supporte pas. D'une manière générale, Jean-Marie Bockel ne supporte pas les contrariétés. Cache mal son agacement envers tel assistant pas assez zélé. Renvoie avec autorité au cuisinier du ministère un plat jugé trop lourd. Pressé, stressé, sûr de lui. Colonel de réserve de l'armée de terre, il a gardé l'allure militaire. Cheveu court, main ferme, phrases sans détour, cordialité retenue, sourire sans éclat. "Sympathique mais froid", "un mec réglo", "un maire remarquable", conviennent certains socialistes, pourtant devenus ses ennemis politiques.

Il voulait être prêtre. A 15 ans, commençant à saisir les inconvénients du célibat, il a décidé qu'il serait plutôt député. "Aîné de sept enfants, raconte-t-il, j'avais l'habitude de commander et j'aimais ça. Je voulais être chef." Sa mère le trouvait "un peu dictateur". Le jeune Jean-Marie lui répondait déjà que, "en politique, l'ambition est une qualité".

Tout aurait dû le mener vers le centrisme. Sa famille alsacienne, à la fois catholique et républicaine, son père notaire, ancien MRP devenu conseiller municipal sous l'étiquette UDF, son oncle archiprêtre de Strasbourg. Mais pour un jeune homme qui, fût-il alsacien et chrétien, passe son bac en 1968, le parti de Jean Lecanuet n'est pas des plus rock'n'roll. En ce mois de mai, le lycéen de Thann harangue les grévistes sur les marches de l'hôtel de ville, puis part faire son droit à Strasbourg.

Dans une boum, à 26 ans, il repère Marie-Odile, 22 ans. Il est avocat stagiaire, elle s'apprête à le devenir. Elle est catholique pratiquante, comme lui. Aînée de huit enfants, presque comme lui. Socialiste, plus que lui.

Il a les gènes au centre, se sent de gauche, est en mal d'un parti. A 19 ans, il écrit à Jean-Jacques Servan-Schreiber, puis lui préfère Jean-Pierre Chevènement et entre au Ceres. Drôle de virage : "JJSS" veut changer la gauche par la droite, le "Che" veut la changer par la gauche. Dénominateur commun : changer la gauche. La volonté de réforme sera la marque de fabrique de Jean-Marie Bockel. Toujours un peu plus à droite que le parti où il se trouve. Non marxiste au Ceres, blairiste au PS. En 2005, sa motion présentée au congrès du Mans, "Pour un socialisme libéral", laisse une fois de plus la majorité du parti sur sa gauche, y compris chez les sympathisants de Dominique Strauss-Kahn, dont il est pourtant lui-même. Dernière étape avant le grand saut. "Il n'était plus assez distinct de la droite", constate un modernisateur du PS, Pierre Moscovici.

Ses liens avec Nicolas Sarkozy ne datent pas d'hier. Ils s'étaient rencontrés via le père de Patrick Balkany, qui tenait un magasin de prêt-à-porter en face de l'Elysée et où le jeune Bockel, benjamin à 34 ans du gouvernement de Laurent Fabius, venait chercher "un habit de ministre". Ils se sont retrouvés sur les questions de sécurité, thème sensible à Mulhouse, quand Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur : "Une complicité s'est créée entre nous." Avoir soutenu Ségolène Royal "dans la douleur", comme il dit en bon chrétien, fut la passion de trop.

"Traître", "jaune", "opportuniste"... à gauche et à droite, les insultes ne manquent pas. Jean-Marie Bockel fait le gros dos. "C'aurait été plus facile de refuser. Mais j'avais besoin d'agir, dans une démarche de réforme qui me correspond en grande partie." Il persiste à se dire de gauche. Croit encore en un parti social-démocrate à l'allemande. Sa "trahison", au-delà de ses propres tourments et faiblesses, renvoie le PS à sa crise d'identité.

Marion Van Renterghem

Publié dans Sarko-Blairisme

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